Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Zoo : la préservation des espèces ? Pas si sûr…

Temps de lecture : 13 min
Un singe mange dans un zoo
© Jimmy Chan / Pexels

Naissance d’un petit lémur couronné, d’un bébé tigre de Sumatra ou encore d’une petite antilope addax dans un zoo à l’autre bout du monde, peut-être que ces nouvelles sont déjà parvenues jusqu’à vos oreilles. C’est le genre d’actualité sur lesquelles communiquent beaucoup les zoos. Longtemps critiqués parce qu’ils détiennent des animaux en captivité, ils ont orienté leur communication sur leur rôle en tant qu’acteurs majeurs de la préservation des espèces. Mais, est-ce vraiment la réalité ?

Du spectacle à la préservation des espèces au zoo 🎪

Comment les zoos sont arrivés à devenir des espaces de protection des espèces menacées ?

Comment les zoos ont-ils été créés et ont-ils évolué ?

Des cages à un peu plus de place, et vive la science !

Dans l’article Du sérail au parc zoologique pour la revue Vacarme, l’autrice de livres documentaires sur les animaux, Christine Desrousseaux, nous apprend que les premiers parcs animaliers connus sont les paradeisos en Perse antique. Des centaines d’années plus tard, c’est l’aristocratie qui va constituer ses propres collections d’animaux sauvages, appelés des “serails”. Cadeaux diplomatiques ou issus du commerce d’animaux exotiques, les animaux sont parfois contraints à défiler ou même à se battre.

La première ménagerie apparaîtra sous Louis XIV, au château de Versailles, et les installations sont conçues comme des lieux d’attractions et de divertissement. Le géographe Jean Estebanez indique que la domination de l’humain est mise en scène sur des animaux très puissants : ils sont exposés dans des cages tels des trophées.

À la Révolution, on dénonce cette image de servitude et l’on souhaite que les animaux aient plus d’espace, comme l’explique Violette Pouillard, chercheuse en histoire des zoos et de la conservation. On ne les libère pas pour autant, mais l’on construit des zoos, rattachés à des musées d’histoire naturelle, avec une fonction scientifique. Et ils sont pensés comme de véritables encyclopédies vivantes accessibles à toutes et tous.

Estampe des animaux du jardin des plantes
Estampe “Animaux divers du Jardin des Plantes”, Ed. Pellerin, 1854 © Gallica – BNF

Les zoos s’approvisionnent en Afrique

Hors d’Europe, les territoires colonisés vont permettre d’approvisionner les zoos, car les démarches sont plus faciles pour acheminer les animaux capturés. Or, cet approvisionnement initial a contribué à détruire certaines populations d’animaux, comme nous l’apprennent Éric Baratay et Élisabeth Hardouin-Fugier dans leur livre Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident (XV-XX siècle).

Du fait de cet héritage colonial, aujourd’hui, l’Europe regroupe près de 43 % des zoos du monde, selon Déborah Bekaert qui étudie les zoos dans le système de conservation et d’échanges d’animaux.

Mais les critiques se font de nouveau entendre.

Début de l’élevage en captivité

Dans les années 60, les critiques se font plus importantes pour dénoncer la capture des animaux, mais aussi leurs conditions de vie en captivité : les animaux sont dans de petits espaces et condamnés à être vus.

De plus, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction de Washington de 1973 interdit le prélèvement de certains animaux en milieu sauvage (mais cela concerne en fait uniquement les mammifères dits charismatiques, attirant le plus l’attention et pour lesquels on éprouve le plus d’admiration comme les lions, les éléphants et tutti quanti). Puis, en 1978, est proclamée la Déclaration universelle des droits de l’animal à la Maison de l’Unesco à Paris.

L’historienne Pouillard explique que les zoos ont dû alors évoluer et mettre en place une politique d’élevage en captivité (aussi appelé “élevage conservatoire”, une politique d’échange avec d’autres zoos et faire preuve de plus de soucis envers les individus captifs et leurs besoins fondamentaux. Les zoos mettent l’accent sur l’aspect éducatif et de nouveau sur l’approche scientifique et conservationniste de leurs établissements.

À cette période, certains zoos se renomment d’ailleurs parcs zoologiques ou parcs animaliers.

Capturer pour protéger

Mais les captures ne sont pas terminées.

Aujourd’hui, comme l’avance l’historienne, il y a un regain des captures au nom de la préservation des espèces et le zoo devient alors un lieu de conservation des animaux. L’enfermement est perçu comme un moyen de les protéger.

La mise en place de programmes de sauvegarde des espèces menacées implique de nouvelles captures, mais menées différemment qu’au XXe siècle : les programmes sont menés en concertation avec des institutions internationales et des scientifiques. Les zoos sont alors présentés comme des acteurs indispensables à cette préservation, à tel point que les critiques envers ces établissements se voient rétorqués que sans eux, les espèces qu’ils sauvegardent seraient amenées à disparaître.

Quelles sont les missions des parcs zoologiques ?

Trois missions officielles

Les zoos ont plusieurs missions officielles, dictées par la directive européenne du 29 mars 1999 :

  • conserver les espèces ;
  • éduquer les visiteuses et visiteurs ;
  • contribuer à la recherche scientifique.

Notons tout de même que bien qu’elle ne figure pas parmi ces missions, les zoos ont avant tout pour but de divertir le public sinon… eh bien ils ne pourraient tout simplement pas continuer à fonctionner.

L’une de ses missions constitue également l’un de leurs discours piliers : être un lieu de reproduction et de conservation des espèces menacées d’extinction.

Le zoo ou l’arche de Noé

D’après Pouillard, c’est depuis 1900 que les gestionnaires de zoo s’investissent dans le développement de politiques de protection de la faune en Afrique, en s’associant avec des groupements de chasseurs et d’administrateurs coloniaux.

Cette année-là a lieu la convention de Londres, la première convention au monde pour protéger les espèces en Afrique.Cette convention permet l’exportation d’animaux vers l’Europe depuis leur milieu naturel “pour les mettre à l’abri”, tandis que l’usage des animaux pour fabriquer des armes ou des habits par les populations locales n’est pas considéré comme légitime, car il mettrait en danger les populations animales.

Photo en noir et blanc d'un okapi capturé au Congo Belge
Un mâle okapi capturé en forêt de l’Epulu, au Congo belge, tenu captif au zoo de Léopoldville le 6 novembre 1947, accompagné de l’officier de chasse Jean de Medina, responsable des captures officielles des animaux protégés au Congo. SPF Affaires étrangères, Bruxelles, AA, AGRI 441, 63 Ch. © Photo Congopresse, H. Goldstein.

Puis, rappelez-vous, en 1973, les zoos ne peuvent plus extraire des animaux (enfin, certains) de leur milieu d’origine. Les zoos développent alors deux programmes :

  • la conservation “ex-situ”, c’est-à-dire en captivité, l’idée étant de ne plus prendre d’animaux, mais de les redonner : c’est la politique de “reproduction réintroduction“. Chaque animal est répertorié et a une valeur génétique lui permettant ou non de se reproduire.
  • la conservation “in-situ” : les zoos s’investissent dans le développement de programmes de conservation des animaux dans leur milieu d’origine, comme dans les réserves et parcs nationaux. Selon Alexandra Morette, présidente de l’association Code Animal, 5 % de leur bénéfice serait reversé à ce type de projets.

La conservation des espèces “ex-situ”

Un réservoir à animaux

Comme dit plus haut, ce programme de conservation “ex-situ” vient en appui de la politique de reproduction réintroduction. Cela permet aux zoos d’être pensés comme un réservoir à animaux au cas où leur espèce serait amenée à disparaître.

Comme on l’apprend dans l’émission LSD de France Culture sur les zoos, chaque espèce menacée est l’objet d’un programme européen d’élevage des espèces en danger d’extinction (nommé EEPs et suivis par l’Association Européenne des Zoos et des Aquariums (EAZA)) qui s’organise entre tous les zoos d’Europe et parfois du monde.

Ces programmes permettent la mise en commun de données sur les espèces et sur chacun des individus, et d’échanger des animaux dont les gènes sont intéressants pour faciliter la reproduction. Chaque programme est géré par un coordinateur qui décide et organise les reproductions et les échanges selon des critères très précis. Et la finalité rêvée serait que ces animaux soient réintroduits dans la nature.

Salon l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ), 30 000 animaux de leurs établissements font partie des programmes d’élevage et de sauvegarde des espèces menacées.

Et il y a un hic…

Une sélection… pas très naturelle

L’enveloppe financière étant limitée, il y a un tri des espèces à sauver. Et cette situation met particulièrement bien en avant le fait qu’il y a deux catégories d’animaux : les animaux charismatiques et les autres, les animaux “moches” ou insignifiants.

Or, les humains portent plus de considération envers la première catégorie et ces animaux bénéficient de nombreux programmes de conservation. Les seconds sont moins étudiés et on en sait donc moins sur l’état de leur population (c’est le cas de certains insectes, mollusques et poissons). Pourtant, ces animaux dits charismatiques ne sont pas nécessairement plus utiles pour la biodiversité.

Toujours dans l’émission LSD de France Culture, Jean Estebanez explique que la conservation pratiquée par les zoos ne semble vouloir protéger que les espèces qui correspondent à un certain imaginaire de la nature, de l’ailleurs ou encore de l’exotisme. D’ailleurs, comme l’avance l’anthropologue Véronique Servais, on y retrouve peu d’insectes, voire aucun.

Les zoos sont également des lieux de divertissement et donc dépendants de leurs visiteurs, des spectateurs. Ils sont alors plus enclins à favoriser les espèces que le public est plus porté à vouloir observer. De plus, ce sont principalement ces types d’animaux que les zoos mettent en avant et sur lesquels ils communiquent le plus.

Panda du site du zoo de Beauval
Certains animaux ont des noms, comme ici le panda Yuan Meng au zoo de Beauval, tandis que d’autres non (comme les oiseaux, reptiles et petits mammifères). © Site du zoo de Beauval

L’impact de la conservation des zoos est difficile à mesurer 📈

Des résultats mitigés

Des programmes d’élevage ont déjà réintroduit certains animaux dans la nature comme le cheval de Przewalski, le singe tamarin-lion ou encore le vautour fauve. Et certains zoos français participent à la réintroduction de certaines espèces. C’est notamment le cas du zoo de Beauval qui a participé à la réintroduction de deux langurs de Java en mai 2017 et de deux femelles gorilles au Gabon en juin 2019.

Mais les tentatives de réintroductions demandent énormément de temps et peuvent s’avérer mitigées, voire un échec. Pour reprendre le cas des deux femelles gorilles, l’une est décédée en septembre 2019, quelques mois après leur réintroduction. Également, alors que plusieurs lynx ont été relâchés en France à partir de 1970, il n’en reste que quelques individus aujourd’hui.

Quatre critiques anti-conservation des animaux dans les zoos

Quatre arguments majeurs sont avancés pour montrer l’inefficacité et/ou l’irrationalité de ces programmes de conservation portés par les zoos.

Tout d’abord, l’une des difficultés est que pour réintroduire un animal dans la nature, il faut avoir un endroit sécurisé et propice à accueillir son espèce. Or, si le problème de base qu’est la destruction de l’habitat n’est pas réglé, alors l’animal ne pourra pas vivre correctement. En amont, il faut un travail très important de plusieurs années, voire décennies, et coûteux pour restaurer les habitats (lutter contre le braconnage et/ou la déforestation, trouver d’autres moyens de subsistance pour, et en coopération, avec les populations locales, etc.).

En plus de ça, il faut prendre en compte que les espèces évoluent et développent des habitudes et comportements différents de leurs congénères en liberté, c’est d’autant plus vrai pour les animaux nés en captivité. Aussi, ils rencontreraient de grandes difficultés pour se réadapter au milieu sauvage et leur chance de survie serait faible, voire impossible. La réintroduction peut alors représenter un danger pour l’animal captif.

Les réintroductions réussies se comptent sur les doigts d’une main.”

Jean-claude Nouët, médecin biologiste et cofondateur de la Fondation Droit Animal

C’est aussi d’autant plus compliqué de réintroduire des carnivores, car la mère apprend à ses petits à chasser uniquement en milieu “naturel”. Et à l’heure actuelle, aucun chiffre fiable ne peut être présenté pour confirmer ou infirmer leur possible réintroduction, car nous n’avons pas connaissance d’informations officielles d’évaluation de l’impact des zoos dans la conservation des espèces. Le médecin biologiste et cofondateur de la Fondation Droit Animal, le professeur Jean-claude Nouët, affirmait d’ailleurs dans un article de Télérama en 1997 que “les réintroductions réussies se comptent sur les doigts d’une main“.

Un panda roux nourrit par un soigneur
Ce sont les soigneurs qui nourrissent les animaux et non les animaux par eux-mêmes © Etud’Sup

Également, certains militants, mais aussi des chercheurs, questionnent la mission pédagogique des zoos (en anglais) et se demandent notamment si les renseignements délivrés au public (via les soigneurs ou panneaux d’informations) sont réellement efficaces. Parmi de nombreuses autres questions, ils se demandent si le public s’attarde sur ces informations, s’il les retient ou encore si elles permettent une véritable prise de conscience de l’impact des activités humaines sur le lieu de vie des animaux.

Enfin et d’ailleurs, la plupart des projets de conservation ont lieu sans l’intervention des zoos, mais ces derniers ont besoin de la conservation puisqu’ils en font leur raison d’être pour exister.

La majorité des espèces présentes dans les zoos ne sont pas menacées… 🦩

2 espèces sur 3 présentes dans les zoos n’auraient pas besoin d’y être

En janvier 2023, Code Animal a sorti un rapport d’étude sur le sujet de la conservation des espèces dans les zoos avec des données provenant de 24 établissements français, en s’appuyant sur les critères établis par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Il en ressort que 67 % des 898 espèces présentent dans les zoos étudiés ne sont pas menacées d’extinction, soit 2 espèces sur 3… À noter que les poissons n’ont pas été comptabilisés.

Autrement dit, certains animaux sont captifs alors qu’il n’y a pas de nécessité au regard de l’extinction de l’espèce.

Un flamand rose nettoie ses plumes
Les flamands roses ne sont pas une espèce menacée, mais sont présents dans de nombreux zoos, comme ici au zoo d’Amneville. D’ailleurs, un bout de leurs ailes sont parfois coupés pour qu’ils ne s’échappent pas. © Zoo d’Amneville

Un manque de transparence sur les animaux présents dans les zoos

De plus, l’étude révèle qu’il est difficile d’obtenir des informations sur les espèces et sous-espèces présentes dans les zoos. La plupart, via leur site, proposent une liste des animaux détenus, mais l’association explique qu’il n’est pas possible de savoir si elle est exhaustive ni sa date de mise à jour. Code Animal constate également que, quand elles existent, les listes ne sont pas codifiées, n’ont pas toutes les mêmes informations et prennent des formes différentes (telles que des photos, tableaux ou plans).

Elle déplore un manque de transparence des acteurs de l’industrie du zoo, incluant les associations françaises, comme l’AFdPZ, ou européennes, tels que l’EAZA, citées plus haut.

L’association n’a pas non plus trouvé de bilan officiel et concret des actions menées en termes de conservation in-situ et ex-situ des zoos français (hormis les déclarations médiatiques et communications sur les sites internet).

L’association tient à souligner que, par le monde, seul 1,3 million des espèces captives dans les zoos ont été identifiés, mais que l’immense majorité reste encore à être répertoriée. En effet, à ce jour, hormis pour les espèces protégées, il n’y a pas d’obligation de recenser les animaux.

Un discours qui manque de cohérence

Code Animal affirme qu’il y a une incohérence entre le discours des zoos et leurs actions en matière de conservation des espèces.

Certains détracteurs vont même plus loin et avancent que, quand bien même les zoos participent à la conservation des espèces, étant majoritairement des entreprises privées à but lucratif dépendantes des désirs de leurs visiteurs, ils doivent être attractifs et booster leur popularité. Aussi, au lieu de communiquer sur les espèces préservées et le suivi des individus réintroduits, les zoos préfèrent mettre en avant leur collection d’animaux (avec le nombre d’espèce et d’individus) et leurs animaux emblématiques.

Pour pallier à ces contradictions, l’association Code Animal souhaite, entre autres, qu’il y ait :

  • une normalisation des listes d’animaux présents dans les établissements et que celles-ci soient accessibles au format numérique pour le grand public ;
  • des normes plus strictes et mesurables sur les actions de conservation in-situ et ex-situ et les moyens pour faire respecter ces normes ;
  • une publication de rapport sur le suivi des animaux sauvages présents dans les zoos.

Une conservation des espèces qui ne fait pas consensus 👎

Certains militants et militantes de la cause animale questionnent cette volonté de vouloir préserver à tout prix les espèces menacées d’extinction. Ils interrogent l’éthique et le “pourquoi ?” de cette démarche.

À leurs yeux, il existe deux dimensions problématiques au sujet de la conservation.

Pour les animaux à réintroduire, leur sécurité ne serait pas assurée

Les militants avancent différents problèmes :

  • la modification des milieux par les activités humaines ;
  • des conditions de vie optimales qui ne peuvent pas être assurées dans le milieu d’origine (braconnage, chasse, déforestation, urbanisation, pollution, conditions climatiques qui vont être de pire en pire, évolution des écosystèmes, pression des pathogènes, etc.) ;
  • des lignées qui ont évolué du fait d’un processus de domestication et de sélection génétique isolée, qui ne seraient probablement plus adaptées au milieu sauvage ou bien aux animaux qui ont continué à y évoluer. Penser l’inverse serait d’ailleurs considérer que les animaux n’agissent que par instinct, alors qu’ils s’enseignent également des comportements (comme nous avons notamment pu le constater avec le cas des attaques d’orques (en anglais)).
Un tigre blanc
Le tigre blanc est apparu du fait d’une mutation génétique. En dehors de la captivité, il ne pourrait pas survivre, car il est incapable de se camoufler et de se nourrir tout seul. Son élevage est donc controversé. © Sane Noor / Pexels

La chercheuse Violette Pouillard va dans leur sens et observe que cette politique de “reproduction réintroduction” est difficilement possible. Bien que les gestionnaires donnent des exemples phares, la réintroduction est très marginale. En plus de ça, elle explique que les programmes de conservation auraient une dimension invasive : chaque animal a un numéro, un nom, est déplacé et on attendrait que les populations présentes en captivité et in situ forment une grande et même population alors que la situation est plus complexe.

Aussi, pour ces militants, il n’est pas souhaitable ni même éthique de vouloir absolument les préserver et les réintroduire, au risque que les animaux endurent des souffrances par la suite.

Certains expliquent aussi que ces moyens utilisés (c’est-à-dire les tentatives de réintroduction qui coûtent très chères et prennent beaucoup de temps) pour cette mission de conservation pourraient servir au profit d’animaux qui sont réellement en souffrances.

Pour les animaux à garder captifs, une question d’ordre moral se pose

Certains s’interrogent : pourquoi vouloir garder absolument quelques spécimens issus d’espèces “charismatiques” dont la majorité va de toute façon s’éteindre ? Est-ce que garder vivants des individus de ces espèces doit primer sur les intérêts des animaux condamnés à vivre en captivité ? On pourrait penser que l’intérêt de la conservation des espèces serait de préserver leur rôle dans la biodiversité, mais si ce rôle ne peut plus être réalisé dans la nature, quel est l’intérêt de conserver ces individus ?

Pour information, en 2020, l’UICN communiquait sa liste des espèces menacées et déclarait que 932 espèces s’étaient éteintes ou éteintes à l’état sauvage (à noter que certains végétaux sont aussi compris dans le calcul). Ce qui veut dire que sur ces 932 espèces, certaines ont déjà disparu dans leur milieu d’origine.

L’espérance de vie en captivité serait même à relativiser, car elle diffère selon les espèces et les conditions de vie. On pense notamment à la captivité de certains cétacés, au cœur de différentes polémiques depuis plusieurs années, mais aussi aux éléphants africains (en moyenne, 19 à 20 ans en captivité, contrairement aux 40 à 60 ans dans leur habitat naturel).

Il y a également des risques de consanguinité, fréquents au sein des populations réduites, et d’autant plus chez celles en captivité, qui rend les animaux plus souvent malades et fragiles. Pour éviter cette situation et préserver la diversité génétique, il peut arriver que des zoos choisissent d’abattre certains animaux, le cas de l’euthanasie du girafon en 2014 au zoo de Copenhague a d’ailleurs fait grand bruit.

Pour Jean Estebanez, les zoos sont des lieux qui se rapprochent plus de l’élevage, car il y a un contrôle des naissances, des morts, de la reproduction (on choisit qui se reproduit avec qui), du fait des places limitées. Pour lui, les animaux ne sont plus vraiment sauvages quand bien même ils sont mis à distance des humains, car ils vivent constamment avec eux.

Mais alors, cela voudrait-il dire qu’il faudrait faire le deuil des animaux que l’on ne pourrait pas sauver autrement que par la captivité ?

Faut-il abolir les zoos ? 🚫

Alors, on ferme ou on ne ferme pas ?

Ce n’est pas si simple… Et peut être qu’à la place d’une fermeture, il y aurait plus intérêt à s’orienter vers une transformation.

Car, tout d’abord, certains défenseurs des zoos avancent le fait que ces programmes de conservation doivent exister pour montrer ce qui disparaît ou a disparu “à l’extérieur”. Mais d’autres suggèrent de nouveaux rôles et dispositifs pour ces établissements.

Transformer les zoos en refuges

Si nous n’options plus pour une politique de reproduction, réintroduction et conservation, une première option pourrait être envisagée : celle de transformer les zoos en structures d’accueil. C’est d’ailleurs l’une des recommandations de l’association Code Animal.

Et ce rôle de refuge porté par les zoos n’est pas nouveau. En effet, il existe des petits zoos gérés par des associations qui ont très peu d’animaux et bien souvent d’animaux récupérés, car ils étaient détenus illégalement (comme dans le cas du trafic de la faune sauvage) ou maltraités.

Il serait également possible d’envisager que les zoos deviennent des centres de soin pour la faune locale, comme le fait déjà le zoo de Beauval avec son centre Beauval Nature, ouvert en avril 2023.

Faire preuve d’imagination

D’autres encore avancent qu’il serait possible de faire évoluer les zoos pour qu’ils ne soient plus tributaires de l’élevage d’animaux en captivité. Et les solutions proposées sont pour le moins surprenantes : animaux mécaniques (comme c’est le cas en Nouvelle-Zélande avec des dauphins robotiques), animaux hologrammes (comme l’utilise le cirque allemand Roncalli ou encore l’Hologram Zoo près de Brisbane en Australie), etc.

La créativité a donc toute sa place !

Dauphin robotisé dans une piscine
Le dauphin robotisé de l’entreprise Edge Innovations. Celle-ci a d’ailleurs été récompensée par l’association PETA © Edge Innovations

Cet article n’est pas sponsorisé, cependant nous avons intégré un lien d’affiliation vers la plateforme le proposant : FNAC.


Newsletter sur téléphone